Mercredi 26 décembre 2007 3 26 /12 /2007 12:15
INTERVIEW

Karim Moucharek, responsable des pages Beauté du magazine Femmes Du Maroc, décrit les deux « looks » les plus en vogue au Maroc.

- Qu’est-ce qui cartonne en ce moment dans les salons de beauté ?
On distingue deux tendances. D’abord, le look « moyen-oriental », qui prend pour modèle les chanteuses libanaises ou les présentatrices d’Al Jazeera : des yeux immenses, un maquillage agressif, très charbonneux, des joues rebondies, des lèvres charnues et un teint clair, obtenu grâce à des crèmes blanchissantes, évidemment très nocives pour la peau. La touche finale : un brushing parfait, qui aura lissé les cheveux les plus frisés.
La seconde tendance, c’est le physique californien. Les femmes qui l’adoptent sont souvent plus fortunées : elles enchaînent opérations chirurgicales, sport à outrance et régimes draconiens, dans un rapport obsessionnel et maladif au corps.
- Qu’est-ce qui réunit ces deux tendances ?
Le refus de l’africanité : les Marocaines tentent de gommer la part africaine de leur identité, elles s’imposent des canons venus d’ailleurs.

Par nina hubinet - Publié dans : Harissa news
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Mercredi 26 décembre 2007 3 26 /12 /2007 11:07

Les Marocaines, qu'elles soient voilées ou non, veulent plus que jamais être «tendance».Tout en jonglant avec les codes sociaux en vigueur.


Vêtue d'un ensemble léopard (tunique et voile), une jeune femme avance fièrement sur les trottoirs du boulevard Mohammed V, à Casa. La foule est dense, seuls quelques regards masculins la suivent un instant, l'air distrait, sans qu'elle n'y prête aucune attention. «Il y a quelques années, l?imprimé léopard était très mal vu, une femme «bien» ne pouvait pas en porter», assure Ilham Benzakour, journaliste au magazine Citadine. Signe d'une certaine évolution des moeurs, le léopard a perdu toute valeur provocante. Même Khadija, une quarantenaire mariée et mère de famille, arbore un voile léopard gris. «J'achète mes foulards chez Chanel, Yves Saint-Laurent ou Dior. A environ 100 euros le voile, ça finit par revenir cher !» sourit-elle, en fouillant  dans son sac Louis Vuitton. 
Les paradoxes n'embarrassent pas Khadija. «J'ai découvert le véritable islam il y a quelques années. Je me sens mieux aujourd'hui avec le voile, que quand je portais des minijupes à 20 ans», raconte-t-elle. Mariée à un Italien, elle estime néanmoins qu' «une femme doit se faire belle, d'abord pour elle-même et ensuite pour son mari». Elle emmène sa fille de 16 ans se faire épiler, alors que sa mère à elle lui interdisait d'arracher ne serait-ce qu'un poil de ses sourcils avant le mariage.
Comme Khadija, de nombreuses Marocaines affichent volontiers leur retour à un certain conservatisme. Mais se faire belle n'est pas pour autant un acte délictueux. «La civilisation actuelle est celle de l'apparence. On doit montrer qu'on a des vêtements de marque, et les filles voilées participent aussi à cette mode,» explique Assia Akesbi, psychiatre. Les marques à tout prix, voici donc le credo de la Marocaine « fashion », qu'elle soit voilée ou non. Depuis quelques années, avec la hausse du pouvoir d'achat, l'engouement pour les griffes s'est démocratisé. « Même une femme de ménage va mettre de l'argent de côté pour s'offrir les chaussures ou la robe qu'elle veut, quitte à payer en cinq fois », assure Ilham Benzakour. Ou à s'acheter un Vuitton... de contrefaçon.

La coquetterie, une question politique

Pour la journaliste de mode, cette coquetterie est moins légère qu'elle en a l'air. « C'est parce qu'aujourd'hui les femmes travaillent qu'elles peuvent faire ces achats. Cette question est en fait très politique », souligne-t-elle. L'engagement royal pour l'émancipation des femmes a eu un rôle moteur dans cette évolution, estime Ilham Benzakour. Mais ce sont les magazines féminins, Femmes du Maroc, Citadines et plus récemment Tendances et Shopping, qui ont « fait l'éducation » des femmes en matière de mode. Les franchises étrangères bon marché ont aussi permis aux Marocaines de rester « in » sans se ruiner. «J'achète presque tout chez Zara, Promod et Stradivarius,» confirme Hind, 24 ans, commerciale chez Dell. Entre le coiffeur, l'épilation, le maquillage et la garde-robe, elle débourse environ 1000 dirhams par mois pour se faire belle.
Quant aux remarques des hommes sur son passage, elle les trouve souvent énervantes, plus rarement flatteuses. La rue reste un terrain miné : « Je m'habille très librement parce que je sais que je me déplace en voiture, » avoue Hind. Sa soeur Fatima-Zora, 18 ans, est étudiante en droit arabe. Grande fan des jeans slim, elle enfile toujours une veste pour aller à pied à l'université, histoire de ne pas se faire « embêter » tous les cinquante mètres par la gent masculine.

Jean moulant, mais pas de bras nus

Et il ne s'agit pas toujours de drague. « Il y a cinq ans, on pouvait porter un débardeur dans la rue sans aucun problème, » raconte Kalthoum, la quarantaine, qui travaille dans une agence de communication. « Mais depuis qu'un homme a dit « Hashuma ! *» à mes soeurs et moi parce qu'on avait les bras nus dans la rue, j'ai le réflexe de prendre une veste. » Alors que dans les années 1970, sa mère portait des mini-jupes sans que ça n'émeuve personne? Le jean moulant est aujourd'hui l'uniforme de la Marocaine, mais on ne croise que très rarement une robe courte dans les rues de Casa et Rabat. L'islamisme est passé par là, et a durablement marqué la société. « Le réinvestissement des valeurs conservatrices est plus identitaire que religieuse, » nuance cependant Myriam Cheikh, anthropologue : « C'est une façade, un réajustement du discours plus que des pratiques. »
Car la généralisation de la mixité reste le mouvement de fond : hommes et femmes se côtoient de plus en plus, au travail comme dans la rue. Les hommes sentent désormais qu'il est ridicule de siffler chaque jeune fille qui passe. Tous continuent d'ausculter du regard, de faire de l'oeil, et certains réprimandent verbalement les demoiselles trop dénudées ou pomponnées. Le symptôme d'un homme déboussolé par l'indépendance croissante, et irréversible, du sexe faible. 

Nina Hubinet

*"la honte sur toi!"

Enquête réalisée à Casablanca en octobre 2007, pour le magazine Tel Quel

Photo Maroc-Hebdo
Par nina hubinet - Publié dans : Harissa news
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Samedi 24 février 2007 6 24 /02 /2007 20:26

 

 

Il y a aurait plus de 500 000 terrariophiles en France, propriétaires de serpents, tortues, et autres grenouilles. Pourquoi installe-t-on un animal exotique dans son appartement ? Rencontres à La ferme tropicale, animalerie spécialisée dans la vente de ces drôles de bestioles.

Derrière une vitrine, un iguane placide nous toise. La bête, d’une immobilité parfaite, visiblement empaillée, fixe les quelques passants de ce quartier plutôt calme. Un couple de SDF dort sur le trottoir, le bar PMU d’en face draine quelques habitués. Tout à coup, un minuscule mouvement de l’animal nous fait sursauter : la bête est vivante. Un mètre-vingt d’écailles, des pattes garnies de longues griffes et une allure préhistorique pour le moins incongrues dans le treizième arrondissement de Paris.

Une enseigne indique simplement  « La ferme tropicale ». Une fois franchie la porte vitrée de la boutique, le choc est d’abord thermique : la température est montée d’une bonne vingtaine de degrés. Un décor de forêt amazonienne entoure les terrariums. En s’approchant des vitres, on finit par déceler la présence d’un petit lézard vert ou d’une tortue mâchouillant sa salade.

« Ici, sept fois sur dix, on refuse de vendre un animal ». Teddy Moncuit, le directeur d’exploitation de cette animalerie pas comme les autres, annonce la couleur.  « La vente du vivant est déjà critiquable. Mais dans 90% des animaleries en France, on vend des animaux « Kleenex », comme au supermarché ». Les clients de La ferme tropicale s’engagent au contraire à acquérir un certain nombre de connaissances sur l’animal insolite qu’ils achètent.

 

Clientèle éclectique

 

L’odeur peu appétissante de nourriture pour poissons se fait peu à peu oublier, face au ballet immobile de tortues aquatiques juchées les unes sur les autres. « On vend trois animaux par jour en moyenne. Mais la vente de nourriture nous rapporte davantage » continue Teddy. Le lieu reste le point de ralliement des passionnés de la capitale. « Notre exigence vis-à-vis de nos clients, c’est aussi un label qualité, qui crée une relation de confiance » assure Teddy.

Valérie, biologiste de formation, héberge deux charmantes grenouilles dans un studio sous les toits. « Si on chante, le mâle répond par un joli « kwa ». Et quand elles dorment,  elles ont un petit sourire, comme ça » dit-elle tout attendrie en mimant les batraciens. Mais elle se reprend tout de suite : « C’est de l’anthropomorphisme, je sais » comme pour s’excuser. Elle est venue acheter des grillons pour nourrir les animaux, qui en ingurgitent une vingtaine tous les trois jours. « J’aime cette idée d’un esprit de la nature présent chez moi» ajoute-t-elle.

D’autres habitués défilent dans la boutique. Une femme élégante d’une cinquantaine d’années, au rouge à lèvres impeccable, salue discrètement Teddy. « Cette dame possède un caméléon dont elle prend grand soin. Le jeune percé de partout avec son serpent, c’est un cliché » prévient Teddy. « J’ai des clients beaufs comme des intellectuels. Ça va du notaire très strict passionné par ses tortues, au petit loubard de banlieue qui chouchoute son boa » décrit-il.

Des amoureux de la nature qui veulent avoir chez eux un animal en captivité, cela peut paraître étrange. Teddy ne nie pas la contradiction. Mais il souligne, sans en faire une justification, que de nombreuses espèces ont pu être sauvées de l’extinction grâce à l’élevage en captivité. « Les grenouilles dendrobates du Surinam ont vu leur habitat détruit en quelques années, elles ont failli disparaître. Aujourd’hui elles se reproduisent, en captivité comme en liberté ». Ces petits amphibiens aux couleurs vives sont en effet à la mode. Stéphane Martin, le directeur du Quai Branly, en possède quelques unes. Eric, 36 ans, est venu repérer les spécimens du magasin. Ce botaniste a l’intention de constituer un élevage. « Ce qui motive, c’est de reconstituer un petit écosystème chez soi, pour en observer l’évolution » explique-t-il. « Ces animaux m’intriguent » renchérit Adriaan, 25 ans, propriétaire de deux serpents et d’un caméléon. « Ils ne se sont pas modifiés depuis des millénaires, ils sont à la fois primitifs et parfaits ».

Beaucoup de clients font part de la même curiosité pour le fonctionnement de la nature. « J’ai capturé ma première couleuvre à 11 ans » raconte Cédric, un des vendeurs du magasin. Tous sont des mordus du reptile, qui, adolescents, ont transformé l’appartement parental en une véritable jungle, avec force pythons, mygales, crocodiles et alligators. Souvent, l’intérêt venait du père, et leur mère était phobique. Pas toujours facile à gérer, mais leur drôle de hobby s’est ensuite transformé en un atout de séduction. « Ce n’est pas courant, donc ça attire l’attention » témoigne Jordy, qui à une époque possédait plus de quinze serpents chez lui. « C’est le comportement des prédateurs qui me plaît, les voir évoluer, se nourrir. Ce sont des bêtes magnifiques. » D’où un attrait pour les serpents venimeux, pourtant interdits à la vente en France, et dont la possession est strictement règlementée. « On ne peut pas comparer un serpent à sonnettes avec un vulgaire boa » estime-t-il. Mais il y a quatre ans, un de ses serpents, un fer de lance du Brésil, l’a mordu au poignet. Expédié à l’hôpital militaire de Percy, il a été sauvé par un sérum de Martinique. « Avec la mode des serpents qui sévit depuis 4-5 ans, de plus en plus de gens se font mordre. C’est un vrai problème » assure-t-il.

 

Anti-stress

 

Si la fascination pour la puissance de ces machines prédatrices est une des raisons de l’engouement, beaucoup d’acheteurs se tournent désormais vers des reptiles plus « sympathiques ». « Il a une tête marrante » dit Robin d’un pogona, un lézard australien aux allures de dragon miniature, qui semble le jauger. De plus en plus de gens en achètent pour leurs enfants, parce que « C’est une espèce résistante, qui ne stresse pas » selon Stéphanie, une des vendeuses.

Après avoir été maudit pendant des siècles, le reptile semble donc se populariser grâce aux lézards et autres varans. Mais le contact avec l’animal reste limité : « Un serpent a le quotient intellectuel d’un poisson rouge » rappelle Teddy. Séverine, propriétaire d’un pogona, n’est pas dupe : « Ses attitudes nous font rire, mon mari et moi. Mais lui nous assimile simplement à ses  repas».

L’animal joue le plus souvent le rôle d’un anti-stress. « Les regarder, s’en occuper, ça permet de décompresser » témoigne Romuald, un cinquantenaire jovial qui repart avec un sac de vingt-trois rats congelés. Dans sa maison du Loiret, il a consacré un étage entier aux animaux de toutes sortes. «C’est d’abord un anti-stress, puis ça devient une drogue! » avoue-t-il, sous le regard d’un iguane de plus d’un mètre de long, qui porte fièrement une crête punk et les bajoues d’un notable du Second Empire.

Une drogue que les « dealers » ne consomment pas : la plupart des vendeurs du magasin ne possèdent plus d’animaux. « On en voit toute la journée, notre besoin est satisfait » estime Cédric. Teddy confirme, tout en ajoutant : « Finalement, j’ai quand même un problème avec la captivité ». Face à ces animaux qui ont toujours suscité fascination et répulsion, on en n’est pas à un paradoxe près.

Reportage, janvier 2007

Par nina hubinet - Publié dans : Harissa news
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Samedi 24 février 2007 6 24 /02 /2007 19:43

Depuis le 1er janvier,      l’ensemble du réseau de fret ferroviaire européen est ouvert à la concurrence.
En France, la libéralisation du marché national est effective depuis avril 2006. Si les opérateurs privés ne représentent encore qu’une part minime du trafic, leur arrivée ne se fait pas sans heurts.

 
Le 8 janvier 2007, en début de soirée, un train transportant 1 360 tonnes de granulats partait des Deux-Sèvres pour rejoindre les Hauts-de-Seine. La cargaison appartenait à Colas, filiale du groupe Bouygues et leader mondial de la construction de routes. Jusqu’alors, l’entreprise utilisait les services de la SNCF pour acheminer la production de ses carrières. Mais Colas a profité de l’ouverture à la concurrence pour confier à sa filiale Seco-Rail, premier constructeur français de voies ferrées, la gestion de son transport de granulats. « Pour qu’un train SNCF effectue l’aller-retour entre nos deux sites, il fallait compter cinq jours. Aujourd’hui le parcours s’effectue en vingt-quatre heures » constate Jean-Paul Lévy, directeur de l'agence fret de Séco-Rail. Dans ces conditions, on comprend que Colas n’ait pas attendu longtemps pour changer de stratégie.

Depuis le 1er avril 2006, des trains de marchandises n’appartenant pas à la SNCF ont en effet le droit de circuler sur les lignes intérieures françaises. Cette ouverture à la concurrence anticipée était la contrepartie exigée par Bruxelles pour sa participation au plan de redressement de la branche fret de la SNCF. Trois opérateurs privés, 20 à 30 % moins chers que l’opérateur historique selon Fret SNCF, ont attiré à eux quelques industriels déçus par l’entreprise nationale. Mais ils n’ont pas encore les moyens de concurrencer la route : « Les clients les plus facilement captables pour les nouveaux entrants sont les utilisateurs désenchantés de la SNCF. Nous n’avons pas encore de clients qui utilisaient la route et qui décident de se tourner vers le rail à cause de la libéralisation » reconnaît Didier Léandri, directeur des affaires ferroviaires chez Veolia Cargo, le plus important de ces nouveaux entrants en termes de chiffre d’affaires.

 

80% des marchandises passent par la route

 

En 1970, 21% des marchandises passaient par le rail en Europe. Le fret ferroviaire ne représente aujourd’hui plus que 8% (12% en France) du transport européen de marchandises, selon le ministère des Transports. Une chute apparemment inexorable, tant la route, qui capte 80% de ce trafic, présente d’avantages en termes de coûts. Sans compter la désindustrialisation, qui entraîne une baisse du volume des marchandises adaptées au fret.

La libéralisation ne permettra donc pas forcément de reprendre des parts de marché au très polluant transport routier, comme l’avait prédit le ministre des Transports, Dominique Perben, en avril dernier. Du moins pas pour l’instant. Car le fret allemand, libéralisé en 1994 et régulièrement cité en exemple par Bruxelles et Paris, « voit ses parts de marché progresser de 5 à 6 % par an», rappelle Denis Huneau, responsable de la Direction de la sécurité et de l’organisation des transports ferroviaires au ministère des Transports. Et en ces temps de menace climatique, l’enjeu est de taille : « Entre un trajet en camion et un trajet en train, le rapport est de 1 à 4 en termes d’émission de gaz à effet de serre » rappelle Olivier Louchard, du Réseau Action Climat. Mais les arguments écologiques n’ont pas de poids pour les industriels. « Pour que le report sur le train s’opère, il faut qu’il y ait une offre véritablement compétitive face à la route » martèle Michel Dubronelle, de France Nature Environnement.

Mais il est de toute façon trop tôt pour juger de l’impact de la libéralisation sur la relance du fret. Pour l’heure, l’ensemble de ces compagnies privées ne représentent que 0,5 % du marché pour 2006 selon le ministère des Transports, et 0,2 % selon le groupe Seco-Rail.

Sept « nouveaux entrants » au total ont reçu leur licence d’opérateur ferroviaire en avril 2006. Veolia Cargo, qui exploite des lignes France-Allemagne depuis 2005, et Eurocargo Rail, branche française d’EWS, le premier opérateur de fret en Grande-Bretagne, ont précédé Séco-Rail sur les lignes intérieures : leurs trains ont commencé à rouler en juillet 2006. Deux opérateurs, B-Cargo, filiale de la Société des chemins de fer belges (SNCB) et CFL (Chemins de fer luxembourgeois) effectuent uniquement du trafic transfrontalier. Les deux derniers, Rail4Chem et Europorte 2, filiale d’Eurotunnel, n’ont pas encore ouvert de lignes.

En totalisant les activités potentielles des sept opérateurs, le ministère des Transports table sur 3 à 4 % du marché « privatisé » en 2007. Si la SNCF a perdu son monopole, elle reste donc en position de force pour de longues années encore, avec plus de 95% du marché du fret. « Si l’on regarde l’exemple allemand, dix ans après l’ouverture à la concurrence, les opérateurs privés n’occupent que 10 % du trafic » note Didier Léandri, directeur des affaires ferroviaires chez Veolia Cargo, qui imagine que le marché français va évoluer dans le même sens, bien qu’il soit réputé pour sa frilosité.

L’accès au réseau ferré français a en effet été perçu comme un véritable parcours du combattant par certains nouveaux entrants. Les demandes de sillons auprès de Réseau ferré de France (RFF) constituent la dernière étape, et selon Didier Léandri, la plus difficile à franchir. En tant que Gestionnaire d’infrastructure déléguée, la SNCF étudie les dossiers des nouveaux entrants pour RFF, d’où l’accusation par les opérateurs privés du manque de clarté et d’indépendance dans les procédures d’attribution des sillons. Certains, comme l’allemand Rail4Chem, ont même renoncé à s’installer sur le marché français qu’ils jugent trop fermé.

 

À la conquête de l’Ouest

 

Mais ces « tracasseries », auxquelles s’ajoutent des investissements de départ extrêmement lourds, n’ont pas empêché ces transporteurs privés de conquérir plusieurs marchés. En Bretagne, les coopératives agricoles, un marché historique de Fret SNCF, sont ainsi au cœur d’une bataille entre l’opérateur public et EWS. Le Gouessant, une de ces coopératives qui transportent 400 000 tonnes de matières premières par train chaque année, a choisi de confier dès juillet le transport de ses céréales à Eurocargo Rail. Jean Dahirel, directeur des achats pour Le Gouessant, est plus que satisfait de ce nouveau prestataire : « Aujourd’hui nous utilisons trois trains là où il nous en fallait neuf pour transporter la même quantité de marchandises avec la SNCF, à cause de la lenteur des rotations ».

Si cette réduction de la flotte représente une économie d’un million d’euros environ pour l’entreprise, c’est surtout le gain en termes de fiabilité et d’efficacité qui fait la différence selon Jean Dahirel. La part des matières premières de l’entreprise transportées par le rail a déjà augmenté. « Nous étions exaspérés par les retards de plusieurs jours, qui entraînaient un sérieux manque à gagner pour nous et nos clients. Sans compter les grèves à répétition » rapporte Jean-Charles Oisel, directeur des ressources humaines.

Sur le lieu de déchargements des wagons, à la gare de Lamballe (Côtes-d’Armor), un autre son de cloche vient rompre cette belle harmonie. Xavier Hervé, chargé de la réception des matières premières depuis vingt ans, est loin de s’émerveiller au nom d’Eurocargo Rail. « On ne se sent plus en sécurité sur les rails » déclare-t-il sans détour. Deux incidents se sont produits depuis juillet, confirme le responsable de la sécurité du site. S’il n’y a eu que des dégâts matériels, Xavier Hervé considère néanmoins que « les règles élémentaires de sécurité ne sont pas respectées par les conducteurs », qu’il décrit comme jeunes et inexpérimentés. L’équipe de réception des wagons se plaint aussi des nouveaux horaires : ils sont désormais d’astreinte le samedi, alors qu’ils ne travaillaient qu’épisodiquement le week-end du temps de la  SNCF.

Les syndicats de cheminots craignent eux aussi un nivellement des conditions de travail sur les standards des opérateurs privés. Une convention collective pour l’ensemble des opérateurs est pourtant en cours de négociation. « Pour nous la référence c’est la convention collective de la SNCF », affirme Roland Baille du syndicat Sud Rail, qui veut rallier les employés des opérateurs privés à sa cause. Selon Jean-Paul Levy, de Seco-Rail, il serait absurde d’appliquer la même convention collective à une entreprise de plusieurs milliers de salariés et à des opérateurs privés qui comptent quelques dizaines d’employés. « Le problème, c’est que les nouveaux entrants demandent à leurs conducteurs d’ assurer d’autres tâches en plus de la conduite, ce qui peut entraîner des dysfonctionnements » avance Frédéric Puison, animateur du groupe fret de la CFDT Cheminots. 

Pourtant Fret SNCF, qui s’attendait à une concurrence plus limitée, contre-attaque en adoptant certaines méthodes des opérateurs privés. La Cooperl, coopérative agricole voisine et concurrente de Le Gouessant, menaçait de passer elle aussi à l’ennemi, si la SNCF n’améliorait pas son service. Elle a obtenu gain de cause : des trains ont été affectés à son seul service, permettant des rotations plus rapides.

Des améliorations qui ne pourront pas être généralisées, mais qui permettront peut-être à la SNCF de « regagner la confiance de ses clients », selon les termes du nouveau directeur du fret, Olivier Marembaud. Une petite révolution qui ne plaît pas à tout le monde, mais qui peut se révéler nécessaire au renouveau du transport ferroviaire.

 

Allemagne et Grande-Bretagne :
les premiers de la classe


L’exemple britannique est souvent mis en avant par les promoteurs de la libéralisation du fret : ouvert à la concurrence dès 1995, le transport ferroviaire de marchandises s’est considérablement développé en Grande-Bretagne, regagnant des parts de marché sur la route. « Au moment de l’ouverture à la concurrence, le fret était hyper-déficitaire. L’activité était en train de disparaître» souligne Stephen Perkins, administrateur principal à la Conférence européenne des ministres des Transports (organe de l’OCDE). La situation française s’apparente davantage au cas allemand, où la libéralisation de l’activité a commencé en 1991. «La grande différence malgré tout c’est que l’opérateur (la SNCF) et le réseau (RFF) sont séparés en France, alors que les opérateurs privés doivent louer les rails directement à la Deutsche Bahn en Allemagne» remarque-t-il. Un avantage qui, selon Stephen Perkins, peut permettre à la France d’aller plus loin que son voisin dans la libéralisation, malgré son « retard » initial.

 

 

 

Par nina hubinet - Publié dans : Harissa news
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Mercredi 27 décembre 2006 3 27 /12 /2006 16:32

Devant ses platines, un homme saisit un carré de carton et y découpe un disque, presque de la musique. Face à lui, un mur de carton glisse sur le tourne-disque géant qui fait office de scène. Des mains s’extraient du carton. Puis le battement de la musique électronique s’accélère, la scène se met à tourner de plus en plus en vite, l’extérieur du disque dans un sens, l’intérieur dans l’autre, et l’homme sorti du carton se retrouve embarqué dans un mouvement infernal.
La pièce Gaff Aff, à l’affiche du théâtre Artistic Athévains, à Paris, remet le mime au goût du jour. On y voit l’« homme moderne », engoncé dans son costume, se débattre avec lui-même et les autres, dans le métro, au bureau, parmi la foule. Un personnage dans la lignée de Buster Keaton et Charlie Chaplin, drôle et grinçant, interprété par Martin Zimmermann. Son manège est rythmé par Dimitri de Perrot, un orfèvre des platines qui fait passer un train sur la scène ou orchestre une symphonie de téléphones portables.
« Nous voulions parler de la solitude dans ce monde envahi par les objets ». Martin et Dimitri, trentenaires nés à Zurich, ont déjà parcouru l’Europe avec ce spectacle-ovni, dont le carton est le décor et la matière.
« C’est ce qui emballe les rêves d’aujourd’hui » explique Dimitri de Perrot. Sur la scène, l’homme solitaire se fabrique des compagnons avec des emballages de télés ou d’ordinateurs. « Sur le carton il y a une belle image, mais dès qu’on le retourne, il n’y a rien » souligne Martin Zimmermann.
Gaff Aff dresse un sombre tableau de notre société. Mais la poésie de quelques scènes vient l’éclaircir, comme la drôlerie des moments où l’homme-machine se dérègle. Son discours sérieux devient alors un charabia frénétique. « Des employés de BNP-Paribas, notre mécène, sont venus nous voir. Ils ont beaucoup ri, mais avaient la gorge serrée à la fin du spectacle » raconte Dimitri de Perrot.
Pourquoi Gaff Aff ? En allemand, « gaffen » signifie regarder sans voir, et « Aff » singe. Un titre qui explicite, s’il en était besoin, le message de ce spectacle acide et génial.

Gaff Aff, jusqu’au 30 décembre, Théâtre Artistic Athévains (XIe), 01 43 56 38 32

(journal-école,  page culture, décembre 2006)
Par nina hubinet - Publié dans : Harissa news
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