Gaff Aff réinvente le mime

Publié le par nina hubinet


Devant ses platines, un homme saisit un carré de carton et y découpe un disque, presque de la musique. Face à lui, un mur de carton glisse sur le tourne-disque géant qui fait office de scène. Des mains s’extraient du carton. Puis le battement de la musique électronique s’accélère, la scène se met à tourner de plus en plus en vite, l’extérieur du disque dans un sens, l’intérieur dans l’autre, et l’homme sorti du carton se retrouve embarqué dans un mouvement infernal.
La pièce Gaff Aff, à l’affiche du théâtre Artistic Athévains, à Paris, remet le mime au goût du jour. On y voit l’« homme moderne », engoncé dans son costume, se débattre avec lui-même et les autres, dans le métro, au bureau, parmi la foule. Un personnage dans la lignée de Buster Keaton et Charlie Chaplin, drôle et grinçant, interprété par Martin Zimmermann. Son manège est rythmé par Dimitri de Perrot, un orfèvre des platines qui fait passer un train sur la scène ou orchestre une symphonie de téléphones portables.
« Nous voulions parler de la solitude dans ce monde envahi par les objets ». Martin et Dimitri, trentenaires nés à Zurich, ont déjà parcouru l’Europe avec ce spectacle-ovni, dont le carton est le décor et la matière.
« C’est ce qui emballe les rêves d’aujourd’hui » explique Dimitri de Perrot. Sur la scène, l’homme solitaire se fabrique des compagnons avec des emballages de télés ou d’ordinateurs. « Sur le carton il y a une belle image, mais dès qu’on le retourne, il n’y a rien » souligne Martin Zimmermann.
Gaff Aff dresse un sombre tableau de notre société. Mais la poésie de quelques scènes vient l’éclaircir, comme la drôlerie des moments où l’homme-machine se dérègle. Son discours sérieux devient alors un charabia frénétique. « Des employés de BNP-Paribas, notre mécène, sont venus nous voir. Ils ont beaucoup ri, mais avaient la gorge serrée à la fin du spectacle » raconte Dimitri de Perrot.
Pourquoi Gaff Aff ? En allemand, « gaffen » signifie regarder sans voir, et « Aff » singe. Un titre qui explicite, s’il en était besoin, le message de ce spectacle acide et génial.

Gaff Aff, jusqu’au 30 décembre, Théâtre Artistic Athévains (XIe), 01 43 56 38 32

(journal-école,  page culture, décembre 2006)
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Publié dans Harissa news

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